L’étrange opération de interaction d’un Hohenzollern

LETTRE DE BERLIN

Potsdam, château de Cecilienhof, 10 janvier 1932. Adolf Hitler est invité à prendre le thé chez Guillaume de Prusse. Entre le chef du parti nazi et le fils aîné de l’ex-empereur Guillaume II, le courant passe. « Don Adolfo donne l’impression d’être quelqu’un de très sympathique, smart et instruit. Il s’est apparemment senti très bien chez nous. L’atmosphère était très détendue », se félicite Cécile, l’épouse de Guillaume, dans une lettre à leur fils Louis-Ferdinand.

Conservée dans les archives des Hohenzollern, la dynastie qui régna sur la Prusse puis l’Empire allemand jusqu’à la chute de celui-ci, en novembre 1918, cette lettre fait partie des paperwork cités par l’historien Lothar Machtan dans son dernier livre, Der Kronprinz und die Nazis (« Le prince héritier et les nazis », éd. Duncker & Humblot, non traduit). Un ouvrage qui, depuis sa parution le 9 août, jouit d’un écho médiatique considérable en Allemagne.

Portrait consternant

Pourquoi une telle curiosité ? A vrai dire, la réponse tient moins au contenu du livre qu’à la façon dont sa sortie a été orchestrée par celui qui en est à l’origine : Georges-Frédéric de Prusse, arrière-petit-fils du Kronprinz et actuel chef de la « maison » Hohenzollern.

Agé de 45 ans, ce expert en entreprise n’a pas hésité à sortir son carnet de chèques pour convaincre Lothar Machtan d’écrire sur son bisaïeul. Professeur émérite à l’université de Brême, ce dernier a reconnu avoir touché « une somme à cinq chiffres » pour ce travail de commande, mais assure avoir enquêté en toute indépendance.

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Longue de 300 pages, sa monographie donne du Kronprinz une image accablante. « Antidémocrate radical d’extrême droite », le fils aîné de Guillaume II est décrit comme un jouisseur velléitaire, tout aussi obsédé par l’idée de restaurer la monarchie qu’incapable d’échafauder le moindre approach pour espérer y parvenir. « La plupart des scénarios qu’il aurait pu bâtir pour accéder au pouvoir se sont révélés totalement vains, ce à quoi il a lui-même contribué par son imprudence, ses erreurs de jugement et son manque d’intégrité », observe l’historien, pour qui « sa capacité d’action politique s’est définitivement réduite à néant à l’été 1932 (…) parce qu’il n’avait ni agenda staff ni stratégie calculée ».

A la lecture de ce portrait consternant, plusieurs journalistes se sont posé la même question : quel intérêt Georges-Frédéric de Prusse a-t-il de promouvoir un tel ouvrage ? Lors de la soirée événement organisée à Berlin pour la sortie de celui-ci, l’héritier des Hohenzollern a affirmé avoir été « étonné » et même « choqué » à la lecture de certains passages. « J’estime cependant qu’il est de ma responsabilité et de celle de ma famille de faire la lumière sur ce chapitre sombre de notre histoire », a-t-il ajouté.

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